En 1972, un journaliste sillonne les campagnes afin d’interroger le statut de « femme de paysan ». À travers une série de portraits contrastés, des femmes exposent leurs aspirations, leurs doutes et leurs marges de manœuvre au sein du monde agricole. Dans l’extrait présent, deux sœurs, filles de paysan, évoquent leur rapport à la paysannerie.
Pourquoi choisir la ville ?
Anne-Lise : Seulement pour le travail, j’ai choisi la ville. Pour vivre, je ne pourrais pas y vivre, c’est trop bruyant. Mais j’ai choisi la ville parce qu’à la campagne, je ne pourrai pas travailler avec mes parents. C’est trop pénible. C’est une vie qui ne me plaît pas du tout. J’ai trop été, on peut dire, dégoûtée quand j’étais gosse.
Des travaux pénibles qu’on devait faire… On ne pouvait jamais s’amuser comme les autres gosses. On travaillait jusqu’à neuf-dix heures le soir, puis le matin on avait l’école.
Qu’est-ce que vous faites comme métier ?
Anne-Lise : Je suis secrétaire.
Ça vous plaît ?
Anne-Lise : Non, ça ne me plaît pas terriblement. Mais j’ai envie d’apprendre l’anglais encore, puis essayer de faire… je ne sais pas encore quoi. Peut-être guide, on verra.
Et puis vous remontez tous les soirs chez vous, à la campagne ?
Anne-Lise : Oui, tous les soirs.
Pourquoi ?
Anne-Lise : Premièrement parce que j’aime vivre à la campagne, c’est ce que je préfère. L’air frais, c’est ce qui a de mieux. Et puis, je n’ai pas assez d’argent pour avoir un studio.
Mais si vous aviez assez d’argent ?
Anne-Lise : Je ne crois même pas. Je ne crois même pas que j’aurais envie de vivre en ville.
Vous êtes filles de paysan, et à aucun moment vous n’avez eu envie de suivre la trace de vos parents, notamment en ce qui concerne dans le domaine professionnel ? Mais est-ce que vous refuseriez, l’une et l’autre, d’épouser un paysan ?
Soeur d’Anne-Lise : Ça ne m’intéresserait absolument pas.
Expliquez-vous
Soeur d’Anne-Lise : En ville, on fait son travail, le soir on rentre chez soi, on est libre, on a la paix. Tandis qu’à la campagne, en été, tous les soirs on peut travailler très longtemps. Et, le matin, vous recommencez très tôt. Tandis que le soir, en ville, on a quand même nos moments de loisirs. Ce qu’en mariant un paysan on n’aura jamais.
C’est votre avis, Anne-Lise ?
Anne-Lise : Tout à fait. De toute façon, je ne marierai jamais un paysan. Au contraire… ou lui faire changer de métier. Mais travailler le dimanche ou ne pas avoir de vacances… J’aime beaucoup trop sortir aussi, m’amuser. Je ne pourrais pas supporter ça.
Il faut préciser que vous avez 18 ans.
Anne-Lise : Oui, mais je crois que j’ai un caractère comme ça.
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