Lorsque je rencontre Isabelle Dupertuis-Fuchs, je lui dis spontanément : « tu es une carte postale ». On rit. Pourtant je ne peux m’enlever cette image de la tête, tellement elle présente les clichés romantiques d’une Suisse de catalogue : les tresses dans les cheveux, les edelweiss aux oreilles, ses vaches à l’alpage, et une petite youtz en trayant. « Mais ça n’a rien de spécial », me dit-elle. Pour moi qui viens de la plaine, j’ai pourtant un court instant l’impression d’être dans un paradis qui m’était inconnu.

Mais derrière la carte postale, nos échanges ramènent à la réalité : le travail dur et exigeant, la vie loin d’être paisible, les difficultés à obtenir une ferme à elle.

Isabelle revendique son métier — « faire paysan », comme elle dit — en insistant sur cette version au masculin qui engage le corps, la responsabilité et la décision. « Paysanne c’est trop vaste, les gens ont encore cette image de la femme à la maison qui fait les confitures, alors moi je dis que je suis paysan. »

Avec son amie Isaline, agricultrice également, elle a créé Les Isa’s, une chaîne pour montrer que les femmes en agriculture existent, qu’elles peuvent être coquettes et professionnelles et que ces deux choses ne s’annulent pas, même si le monde agricole peine encore parfois à le concevoir. « Avec nos vidéos, maintenant ils nous croient », dit Isabelle en riant.

Dans le cadre de Polyphonies paysannes, nous partageons ces vidéos qui témoignent d’une volonté d’ouvrir la réalité de ce métier — au monde agricole comme au monde citadin — et de le décliner enfin au féminin.

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Ariane Mérillat