Ce témoignage écrit nous a été confié par une femme issue du monde agricole.
« C’était la besogne des dames »
Née de parents agriculteurs, j’ai toujours, et depuis mon plus jeune âge, aimé le travail de la ferme et de la terre.
Le plus éprouvant, en tant qu’épouse d’agriculteur, a été la cohabitation forcée avec les beaux-parents. Bien qu’ayant notre propre appartement, mon beau-père, autoritaire, posait ses exigences avec des phrases qui n’admettaient aucune discussion : « Il n’y aura jamais de catholique dans notre famille. » « Quand on travaille ensemble, on mange ensemble. » « Qui veut venir à table travaille. » « Qui casse paye. »
Son pain devait être tranché, le café au lait ou autre boisson servi quand il se mettait à table. Sinon, il heurtait sa tasse ou son verre avec sa cuillère en disant : « Soif ! » Il décidait des menus. Et pas de repas sans remarques désobligeantes.
Il imposait les tâches à accomplir : ramasser les cailloux, traiter les indésirables dans les prairies, sarcler, arracher les betteraves, c’était la besogne des dames.
À l’époque, mon mari travaillait dans une entreprise à côté. Il assurait matin et soir l’aide à la traite et aux soins du bétail. Je m’occupais de la basse-cour, des porcs et du potager. Nous vivions presque en autarcie.
Ma belle-mère régentait le ménage. Lundi matin, jour de lessive : une machine de blanc (serviettes, vêtements de travail de mon beau-frère), une de couleur (draps) et une de vêtements d’écurie. Le reste se lavait à la fontaine, y compris les langes des bébés, pour économiser l’eau du réseau !
Elle me léguait le droit de cuisiner : pâtisseries, repas de fêtes de famille.
Nos invitations privées, chez nous, dans la famille ou chez des amis, étaient la plupart du temps source de remarques déplaisantes.
Les activités de mon mari, actif dans les sociétés locales, dans la commune ou dans la paroisse, déplaisaient à son père et les conflits étaient fréquents.
On peut aussi ajouter aux travaux des dames le râtelage, au petit et au gros râteau, de l’herbe chaque jour de la bonne saison, du foin et autre regain.
On peut aussi ajouter que nous, les dames, nettoyions les boilles à lait et les machines à traire matin et soir à la fontaine, qui n’était pas couverte, donc à l’air du temps.
Ce témoignage a été transmis dans le cadre du projet Polyphonies paysannes. Il a été anonymisé afin de protéger l’identité de son autrice et des personnes mentionnées.
