
« L’ethnographie a vocation à rencontrer un public. Des sciences sociales ouvertes sur le monde et sur celles et ceux qui l’habitent peuvent contribuer à transformer le regard, non pas par l’imposition d’un discours savant, mais dans l’échange de savoirs différents. »
Une science sociale tournée vers la société
Le projet Polyphonies paysannes s’inscrit dans une démarche de sociologie publique. Il vise à développer une recherche menée hors des murs de l’université, en collaboration avec des personnes issues de différents horizons, et en particulier du monde agricole.
Dans cette approche, le public n’est pas seulement un objet d’étude. Il devient un partenaire de la recherche, avec un droit de regard et une capacité d’action sur l’enquête. Les savoirs se construisent dans la rencontre, l’échange et le dialogue.
L’idée est simple : les sciences sociales servent à comprendre le monde dans lequel nous vivons. Elles doivent donc pouvoir être partagées, discutées et comprises par toutes et tous.
Notre objectif est de créer des espaces de dialogue et de transmission : rencontres, expositions, films, discussions, ateliers, plateformes en ligne. Ces dispositifs permettent aux personnes de se reconnaître dans les recherches et d’y prendre part.
L’enquête est pensée comme un travail ouvert et accessible. Nous souhaitons que ses contenus — vidéos, podcasts, photographies, récits — soient consultables librement, aussi bien par le monde académique que par un public extérieur. Cette démarche d’anthropologie numérique repose sur la création d’un espace commun de partage des savoirs et des données.
Pour rencontrer un public hors du cadre universitaire, il est également nécessaire de penser la forme de la recherche. Comme le rappelle Didier Fassin, la restitution de l’enquête passe par un travail de « popularisation », qui consiste à rendre la recherche à la fois accessible et agréable à lire, à voir et à écouter.
Les textes scientifiques sont souvent perçus comme difficiles ou austères. Le choix des formats — images, films, podcasts, récits — devient alors essentiel. Il permet d’établir un lien horizontal avec le public, sans jargon ni distance sociale.
Enfin, la sociologie publique permet aussi de nourrir le débat dans l’espace public et de mettre la recherche au service des communautés concernées. Chaque paysanne qui participe au projet pourra disposer librement des contenus produits. Il en sera de même pour des institutions comme AGIR, AGRIDEA ou d’autres acteurs du monde agricole.
La recherche devient ainsi un outil partagé, au service de celles et ceux qui font vivre les campagnes romandes.
Didier Fassin, 2020 — « L’ethnographie et ses publics », Terrains/Théories
