Antoinette a créé un lieu de vie qui tend vers une plus grande autonomie, notamment avec la nourriture. À côté du grand potager, deux agneaux paissent chaque année : ceux qui nourriront la famille l’hiver suivant. Un mode de vie qui connecte directement l’assiette à la tête.

La première année, elle écrit un texte. Elle y raconte ses émotions, l’attente, les gestes, les dernières heures de la vie. Elle tente de saisir ce moment où l’animal devient nourriture, où l’attachement se confronte à la nécessité.

Lucky Luke et Rantanplan

J’avais mis mon réveil à six heures et demie, et quand il a sonné, ma première pensée a été : « ils n’ont plus que deux heures à vivre ».

Il faisait encore nuit. Je suis sortie du lit, allée à la cuisine écraser du pain sec. Au bout d’un moment, le jour qui se levait m’a permis de voir par la fenêtre leur deux formes claires.

Comme toujours, ils avançaient ensemble.

Lucky Luke et Rantanplan. Les noms que leur ont donnés les enfants.

Arrivés au mois de mai – le premier jour, ils bêlaient à l’entrée de leur parc, sans oser s’aventurer plus loin que l’abri qu’on leur avait construit. Après quoi ils se sont enfoncés dans la mer ondoyante d’herbes fleuries, si haute qu’ils y disparaissaient ; en cherchant bien on pouvait distinguer leur double échine.

Sauf que là, c’était octobre, et que deux béliers aux couilles lourdes avaient remplacés ces adorables agneaux.

Quand on parle viande, des ovins de moins d’une année sont appelés « agneaux ». Mais des mâles nés en mars sont dès la mi-août en âge de se reproduire, et leur force impressionne, vous pouvez me croire.

Leurs combats quotidiens, le fait qu’ils me soient plusieurs fois rentrés dedans, des avertissements entendus au vol – « ne jamais leur tourner le dos », « tu ne fais pas attention et ils te pètent la hanche » – me préoccupaient pour notre sécurité.

En pensées, j’avais réfléchi mille fois au jour où il faudrait les sortir du parc pour les charger dans la remorque, anticipant le moindre de nos gestes ; « moi, je les attire avec le pain sec et les granulés, et toi, tu attaches ces cordes à leur collier ». Et le jour venu, en cette heure du petit jour où les enfants dormaient encore, où j’étais en fait la première debout, à me demander s’il y aurait, à les approcher, un choc émotionnel particulier (genre : se confronter à leur réalité vivante, à travers la toison sale, extraordinairement épaisse, au fond de laquelle j’ai si souvent enfoui les doigts), cette question de la sécurité et du bon déroulement des choses prenait énormément de place.

Pourvu que ça se passe ! qu’ils ne s’échappent pas, ne quittent pas notre terrain pour se tirer à travers le pâturage communal, et surtout que personne, ni nous, ni eux, ne se fasse mal !

Et d’autres pensées encore.

Une sorte de suspens superstitieux, de crainte commerciale de perdre son avoir : ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué ; après tout, tant de choses auraient pu arriver à ces moutons durant la saison – un accident, une maladie, un vol qui sait, ou même le lynx, le loup – et jusqu’au matin même ; tant qu’ils n’auraient pas été changés en carcasses proprement saignées, leur équivalent en viande ne serait nullement garanti à la consommation ; les règles sont strictes, il faut saigner l’animal x minutes après qu’il ait perdu connaissance et dans le cas d’une mort accidentelle découverte après coup, on ne peut plus rien tirer de la charogne ; données qui me trottaient en tête, et me donnait hâte d’être à midi pour être rassurée sur nos investissements (achat des bêtes, vétérinaire, matériel et fournitures, frais d’abattage), sans parler du souci, léger, mais persistant au fil des mois ; auront-ils assez d’herbe, que faire s’il ne pleut pas, est-ce qu’ils vont bien, Rantanplan m’a l’air bizarre, et chaque matin au réveil, le coup d’œil au pré pour vérifier qu’ils soient là, qu’ils bougent toujours.

Avant d’y aller, ouais ; ce genre de pensées, qui en plus co-existaient avec des réflexions conceptuelles au sujet, par exemple, de ce qui fait le propre d’homo sapiens ; on a parlé du langage, bien sûr, de la capacité à créer des outils et d’un tas d’autres trucs tels que la bipédie, mais à chaque fois, des découvertes viennent contredire cette prétention à l’exclusivité ; les animaux aussi savent communiquer, fabriquer des outils, et des australopithèques plus proches du singe que de l’humain marchaient déjà sur deux jambes, si bien que ça finit par rendre mal à l’aise, et me donner le besoin, peut-être parce que j’ai peur de ce que vous allez penser de moi, de vous livrer ici quelques-unes de mes sources.

Il y a l’écrivain David Foster Wallace, son essai intitulé Consider the Lobster, qui traite de la consommation de homard du point de vue, en quelque sorte, du homard lui-même – je lai lu il y a très longtemps mais il m’a fait un effet suffisament puissant pour que je vous le recommande, et puis il y a Pascal Pica, paléoanthropologue, je vais vous lire un passage tiré d’un de ces livres, intitulé Et l’évolution créa la femme, paru chez Odile Jacob, en vous priant, s’il vous plaît, de vous imaginer qu’il me flottait en tête ce matin-là avant d’aller charger nos moutons dans la remorque, évidemment pas dans les termes exacts, mais dans un rendu intact d’idées, comme il arrive lorsqu’une lecture cristallise quelque substance sous forme persistante, dans notre esprit.

Écoutez ça :

« Pour asseoir le caractère exclusivement humain de ce phénomène, Lévi-Strauss affirme que seuls les humains évitent l’inceste, tandis que ce ne serait pas le cas chez les animaux – ce qui est erroné. C’est là un biais épistémologique courant en sciences humaines : évoquant un caractère effectivement présent dans la majorité des populations humaines – élevé au rang d’«universel »-, on soutient, sans aucune connaissance des sociétés animales, qu’il n’en est pas ainsi chez les animaux. »

***

Une éleveuse de chiens Huskys, qui vit dans une maison voisine, m’avait conseillé de penser, au moment d’emmener nos moutons, non à ce qui les attendait mais à un pré tendre et frais, perlant de rosée, dressé à l’infini d’herbe grasse.

J’avais trouvé cela merveilleux, et m’étais promis de faire le nécessaire avec ma conscience ; de penser à ça en vrai, le moment venu.

Une autre éleveuse du voisinage, qui fait dans le petit bétail, m’a déclaré que « le jour de l’abattage, tu laisses tes pensées chez toi ; avant d’y aller tu les poses sur l’étagère ».

Et je dois dire que c’est ce qui s’est passé ; je ne pensais plus à rien qu’aux gestes à effectuer, l’un après l’autre, aussi suis-je incapable de dire si oui ou non j’ai ressenti un choc émotionnel au moment d’entrer en contact avec eux, mais je ne pense pas, je ne ressentais rien, me concentrais pour ne pas me tromper d’action – ce qui ne m’a pas empêchée de me prendre les pieds dans le flexinet en ouvrant la clôture.

On avait décidé que d’un seul voyage on emmènerait les enfants à l’école et les moutons à l’abattoir, ceci après pas mal de discussions, moi qui préférais que nos enfants ne soient pas témoins de la scène du chargement, leur père soutenant que mieux valait qu’ils soient témoins de quelque chose plutôt que d’être mis, à leur retour d’école, devant le fait accompli du pré vide, d’où les moutons se seraient volatilisés comme par magie.

Ce qui nous a mis pas mal de pression quand même, parce qu’il fallait à la fois tirer les moutons de toutes nos forces (maintenant, je m’en veux d’avoir tant tiré, j’aurais dû les laisser avancer par eux-mêmes, probablement que si on avait pris le temps nécessaire, ils auraient fini par avancer en broutant), hisser et porter le premier mouton dans la remorque tout en maintenant le second, s’inquiéter d’arriver en retard, et tenter d’apaiser les enfants, qui naturellement protestaient à corps et à cris.

Ce n’est pas que nous n’avions pas d’arguments, en réalité nous n’avons que ça : deux mâles, en termes d’élevage, ça n’a aucun sens ; ça ne produit ni lait, ni petits, et leur viande ne fait que se gâter avec l’âge, et puis, des béliers ne sont pas des animaux de compagnie, de toute façon on ne peut pas les garder l’hiver ; nous n’avons ni murs pour les tenir à l’abri, ni espace pour stocker du foin hors intempéries – etc.

Le problème c’est de présenter un discours aussi rationnel à des cœurs d’enfants.

Au réveil, le petit avait déclaré au grand sur le ton de la consolation : « Tu sais, moi je dis d’accord parce que les parents le veulent, et qu’on a dit qu’on le ferait, mais au fond de moi, je ne veux pas non plus ».

« Au fond de moi » : je vous assure que c’est l’expression qu’il a employée, à cinq ans et demi.

Et nous voilà montés les quatre dans la voiture, avec au crochet la remorque chargée, notre aîné s’essuyant les yeux sous ses lunettes, mais je préfère le dire tout de suite : nos enfants ont eu beau affirmer, ce jour-là, qu’au grand jamais ils ne mangeraient de cette viande, cela ne les a pas empêchés de se servir, quelques semaines plus tard, en merguez et côtelettes posées sur la table.

(Le petit adressant, avant d’attaquer, un « pardon » à son assiette).

***

Le trajet est court de notre maison jusqu’au village.

L’idée était de déposer d’abord les enfants à l’école. Mais une blague m’est venue. J’ai dit :

« Et si on amenait les moutons à l’école, et les enfants à l’abattoir ? », en parlant doucement parce que ma blague n’était peut-être pas adéquate, mais suffisamment fort pour que les enfants m’entendent – je ne sais pas si c’était par égards, pour ne pas les exclure, ou au contraire par brutalité ; sous l’effet de cette pulsion qui me fait parfois leur imposer mon humour noir, comme pour les forcer à grandir.

L’aîné a souri, et, le voyant sourire, le cadet s’est autorisé à montrer qu’il goûtait lui aussi à la blague.

La boucherie de notre village est une Institution. L’établissement jouit d’une renommée intercantonale ; on y vient de loin, l’espace de vente est bondé presque en permanence et le samedi, la file des clientes et clients n’a plus de fin.

De taille modeste, son abattoir n’est opérationnel qu’un jour par semaine, le lundi. Il est attenant au local de vente, mais son entrée est située de l’autre côté du bâtiment ; orienté à l’ouest, il donne sur un parking, avec des boxes en métal, et une inscription sur la porte : « à nos fournisseurs de bétail vivant : veuillez frapper à la porte et nous viendrons décharger votre bétail ». (Je sais, il y a deux fois le mot « bétail » dans cette phrase, et je n’ai jamais pu, quand je tombe dessus, m’empêcher de la réécrire mentalement en cherchant un synonyme).

Nous avons parqué. Nous sommes sortis de la voiture, nous avons frappé.

Entre les barrières patientaient une vache, et dans le box d’à côté, un grand veau. Tous deux étaient calmes, silencieux.

Il y avait aussi un container, grand ouvert. Je me suis interdit de regarder dedans mais c’était plus fort que moi, il a fallu que je regarde : un monceau de résidus, d’os et d’organes, au sommet duquel une tête de vache écorchée, dépouillée de sa chair mais avec les dents au complet sur la mâchoire, et au centre de l’orbite un œil fixe, inaltéré.

On est venu nous ouvrir.

Je m’étais imaginée que nous aurions affaire à des professionnels blasés, qui trouveraient la situation parfaitement normale et qui, en bons représentants d’une sorte d’extension du secteur agricole, nous ferait nous sentir différents, pas des leurs, voire pas d’ici.

À ma grande surprise, ce n’était pas du tout ce que je ressentais.

Les personnes qui sont venues à notre rencontre étaient bien de sexe masculin, comme je l’avais prévu, mais ne surjouaient nullement le genre de la force, et semblaient émus autant que nous.

C’était deux garçons assez jeunes, l’air doux, presque intimidés, habillés tout de blanc et portant des casques de chantier blancs, couverts de minuscules éclaboussures de sang.

***

Je me souviens avoir vu, en débâchant la remorque, que la nourriture laissée aux moutons s’était répandue hors des seaux et qu’elle jonchait le plateau du véhicule.

Il me semble avoir vu trembler légèrement leurs pattes – c’est peut-être moi qui fabule.

Je me souviens d’en avoir caressé un, sur le front, dans la conscience d’un geste absolument hypocrite, et pourtant juste, nécessaire.

Je me souviens de les avoir vus à notre merci. Et je sais que c’est ainsi qu’eux aussi se sentaient : entièrement à notre merci, entièrement en notre pouvoir. (Par contre, je ne jurerais pas qu’ils se voyaient sous la menace de quelque chose, ou, disons, que ce quelque chose ait été la mort, dans leur esprit).

Je me souviens que nous les avons menés à l’intérieur d’un local sans issue. Qu’un des employés leur a retiré leurs colliers, qu’il m’a ensuite passé ces colliers ainsi que les cordes qui avaient servi de laisses, et que j’ai éprouvé une difficulté étrange, quasi neurologique, à m’en saisir, comme si je les tenais trop ou pas assez forts, ou qu’ils me retenaient à l’employé.

Je me souviens que ces employés parlaient aux moutons de manière réconfortante, tout en se plaçant entre eux et la sortie, par précaution.

Je ne me souviens plus si c’est parce que les bouchers avaient fermé la porte, ou parce que j’avais volontairement battu en retraite, toujours est-il qu’ensuite je n’ai plus revu nos moutons. Je ne vous raconterai donc pas leur mise à mort. (Serait-il légal, dans un contexte d’abattoir et à supposer qu’on en fasse la demande, de rester auprès d’un animal jusqu’à cequ’on l’étourdisse ? Je n’en sais rien. En revanche, j’ai pris des renseignements sur ce qu’on appelle I’ « abattage au pré », mais ceci est une autre histoire.)

Avant que nous repartions, j’ai donné à l’un des employés le formulaire d’accompagnement pour animaux à onglons édité par la Confédération, dûment complété, avec numéro BDTA de l’exploitation de provenance, numéros de marques auriculaires des animaux et tout le tralala obligatoire.

Ainsi que la feuille où j’avais détaillé nos souhaits en matière de découpe, en précisant par ailleurs que nous voulions garder les foies, les rognons ainsi que les peaux.

Sans oublier, une fois à la maison, de me connecter à la plateforme en ligne où il faut déclarer la sortie des animaux, en choisissant « abattage » parmi d’autres options, telles que la vente ou l’estivage.

Pour chaque individu, il existe un statut. Celui de nos moutons affichait encore « en vie »: ce serait à la boucherie, en temps voulu, d’effectuer la modification.

***

Dans mon âme, l’abattage a duré tout le restant de la journée.

Nous avons rendu la remorque qu’on nous avait prêtée. Nous avons démonté les flexinets.

Récupéré le bidon qui avait contenu leur bloc de sels minéraux. Récuré la bassine où ils avaient bu. Dévissé le râtelier le foin, et allumé le congélateur.

À mon sens, me disais-je en évacuant quelques crottes de leur cabane vide, la trahison avait commencé par ce décalage entre eux et moi : le fait que j’aie pu, moi, planifier leur mise à mort ; téléphoner à la boucherie pour prendre rendez-vous un mois à l’avance, tandis qu’eux, pendant ce temps, broutaient en toute insouciance. Cette différence de conscience, cette faculté de projections que j’avais eue en tant qu’humaine, alors qu’eux – ça peut se discuter ; ont-ils eu, à compter de ce coup de fil, des intuitions en m’écoutant leur parler, etc, mais bon ; vous m’accorderez qu’ils n’avaient pas la connaissance de la date.

Même si leur cabane était déserte, on voyait toujours, sur le terrain, le sentier de terre qu’ils avaient marqué à force de toujours passer au même endroit, et sur mes mains je sentais l’odeur forte de leur toison.

Durant plusieurs jours persisterait une sensation de vide, d’habitudes rompues, l’étrangeté de ne plus les entendre bêler dans l’espoir, lorsque je passais près de la clôture, que je transporte des fanes de carottes ou des herbes coupées.

Être en quelque sorte orpheline de ces deux.

Les chercher du regard ; un réflexe.

Ne pas pouvoir immédiatement intégrer, se refuser d’abord à ce fait réel : du jour au lendemain ils ont cessé d’exister dans leur intégrité, physiquement ils ont éclaté en destins séparés ; leurs peaux; à tanner en Suisse allemande, leur viande ; à reposer dans la chambre froide, leurs colliers ; rangées dans la cabane à outils. Leurs os, leurs sabots et autres parties qu’on ne mange pas ; partis dans les containers ; incinérés !

S’étonner qu’une photo d’eux, regardée après qu’ils aient disparu, me fasse m’attendrir davantage que je ne m’attendrissais sur eux lorsqu’ils étaient là, vivants, c’est-à-dire porteurs de risques, et exigeants des soins (peut-être pas beaucoup, mais changer l’eau quand même, leur amener des friandises, chercher à les distraire, s’inquiéter – pour eux, pour nous, au vu du potentiel d’emmerdements allant avec le fait de les détenir).

***

Je préfère être franche : assez vite, c’est le pré sans moutons qui est redevenu normal, avec ses jeunes arbres fruitiers recevant des pluies d’automne, et les feuilles brunes ou jaune vif qui, tombées à la lisière, commençaient de le joncher.

Maintenant, il neige.

Lorsque je descends à la cave prendre de la viande au congélateur, je ne fais plus le rapport avec eux.

J’aime cuisinier et manger de l’agneau, et, à l’instar de l’écrivaine Barbara Kingslover, qui a raconté dans un livre intitulé Un jardin dans les Appalaches comment elle avait, une année durant, nourri sa famille exclusivement des produits de sa propre terre et de son propre travail, je considère que manger de la viande en hiver fait sens davantage qu’en été, lorsque nous avons moins besoin de graisse, et avons à disposition tant de légumes frais.

En mastiquant, il peut m’arriver d’avoir pour eux une brève pensée. Je me sens alors les remercier et les aimer – en tant que chair et protéines offertes, alors même que j’ai apprécié leur présence d’êtres vivants -, mais je n’ai pas, tant qu’il ne s’agit pas de pratique industrielle, de problème de principe avec l’élevage.

Vous vous en doutiez peut-être, au vu de ce que je viens de raconter, mais il me semblait que je devais le déclarer explicitement, tout en me tenant prête à entendre quiconque faire part de convictions opposées.

J’aimerais dire encore : je me sens en accord avec les conditions dans lesquelles ils ont vécu, et j’assume sans scrupules ma responsabilité dans le fait qu’ils aient vécu moins d’une année.

Au printemps prochain, nous reprendrons des agneaux de pâture.

Texte : Antoinette Rychner