Carolyn élève ses trois enfants sur une ferme où son mari produit du gruyère, tandis que les dettes s’accumulent et fragilisent peu à peu l’équilibre du domaine. Un quotidien fait de traites, de factures, de journées sans fin et de nuits trop courtes, où le travail ne manque jamais mais où l’horizon, lui, se rétrécit.

Un jour, elle décide de briser le tabou. Elle ouvre un compte Instagram pour raconter ce qu’on tait d’ordinaire : la fatigue, l’angoisse, les calculs qui ne tombent jamais juste, et la peur sourde de voir le rêve de la ferme se transformer en cauchemar. Une parole qui dérange parfois les paysans du coin qui préfère garder les comptes privés.

Mère avant tout, elle se bat pourtant chaque jour pour que les dettes ne rongent pas la vie d’une famille qui travaille sept jours sur sept, sans vacances ni repos, et pour que l’exploitation reste autre chose qu’un gouffre où s’épuisent les corps et les espoirs.

Ariane Mérillat

Dans le monde agricole Suisse, ce sujet est tabou.

Si tu sais pourquoi, je serais ravie de l’apprendre.

Ce que je sais c’est que le silence tue. De nombreux domaines meurt à cause de ce silence, cet isolement, cette solitude et ce besoin de faire bonne façon.
Alors pourquoi continue-t’on ?

J’ai besoin de vous parler de mon expérience, pour que les même erreurs ne se reproduisent plus. Pour vous montrer que c’est possible de redresser la barre après des années de galère. Surtout qu’on est encore loin d’être sorti d’affaire. Pour vous proposer des solutions à mettre en place chez vous. Mais aussi mon aide, en dernier recours. Le but étant d’éviter la saisie, la faillite, la mort, le divorce, l’abandon, la mise sous curatelle, les chiffres rouges vifs et la mise en danger du domaine en ne payant plus ses primes d’assurance. C’est un exemple simple mais si je vous en parle ce n’est pas pour rien.

On me rapporte tous les jours des histoires tragiques ces temps. Une séparation, des enfants qui ne reprendront pas le domaine ou arrêteront de traire, des domaines plus du tout assurés, un suicide, énormément de domaines ont des poursuites et vendent pour juste rembourser leurs dettes. Donc pas de 2ème pilier pour eux.

Je veux que ça cesse. Je veux que les paysans disent stop, on est plus d’accord de travailler dans le vide. Mais pour cela, il faudra passer par la case PARLER.
Je suis convaincue que la revolte agricole est en marche. Et il faudra bien que les politiciens nous considèrent. Car bientôt, il n’y aura plus rien à manger de Suisse.

Enfin bon, je reçois beaucoup de mots de soutiens. Et aussi beaucoup de critiques. Mon compte dérange. Et j’espère qu’il dérangera encore jusqu’à ce que les paysans puissent vivre de leur activité.

Texte tiré du compte mon_coeur_de_beurre.ch